Et bien voilà, j'y suis, j'y renonce, ma mère, la sorcière, après avoir perçu sa nature (de mon point de vue), après l'avoir explorée, décortiquée, goûtée, avalée puis digérée, voilà qu'elle est partie, j'y ai renoncé.
Elle est loin, toujours là mais tellement loin
Que dire à tous vos messages? Si ce n'est qu'ils m'ont beaucoup émue, par leur présence, leur consistance, leur réalité, leur chaleur.
Une mère, oui lili, je pense que je suis ma propre mère, avec un peu de difficultés parfois, je ne suis pas sûre d'être une très bonne mère mais je me comprends de mieux en mieux, je gère mieux mes émotions, je fais moins office d'éponge vis-à-vis des autres, alors, peut-être que je suis sur la bonne voie.
Pour autant, vous tous réunis, je vous considère comme une bonne maman, une maman juste, je suis bien consciente que vous pesez vos mots, vous faites attention à vos propos pour ne pas me blesser. Je vis cela comme une marque d'attention, de respect, une preuve d'amour, c'est inestimable. Vous ne pouvez pas me blesser par l'attention que vous me portez, quand bien même vos propos seraient maladroits (ce qu'ils n'ont jamais été jusqu'à présent).
Non, vos commentaires me touchent, me procurent beaucoup de confiance en moi, me montrent aussi que je suis digne de respect.
Comment je me sens en ce moment ? c'est dur, j'ai traversé une période douloureuse ces dernières semaines, douloureuse mais soulageante aussi, elle se devait d'être comme ça cette période.
Tous ces renoncements ne sont que des boulets que je lâche, je me sens à chaque fois plus légère, mais c'est qu'ils sont difficiles à décrocher ces boulets, ils sont trop bien attachés à moi.
Je ne ressens plus le besoin de fouiller dans le passé, je me sens au clair avec tout ça, lorsque ça revient, c'est bien moins douloureux, c'est des souvenirs, seulement des souvenirs, comme un mauvais rêve. Et puis le fait de les écrire me permet de prendre de la distance.
Je ne ressens plus non plus le besoin de me souvenir à tout prix de ma première année d'errance, celle qui a suivi juste après le viol, cette année où j'ai tout oublié. J'ai eu parfois peur de ce qui pourrait se rappeler à moi de cette année : ... qu'ai-je fait ? Mais aujourd'hui, ça m'importe peu, ça ne peut pas être pire de toutes façons.
Voilà, je suis seule, mais je suis bien avec moi-même, c'est déjà pas mal. J'ai un travail qui me passionne, deux amies formidables qui me comprennent, un "psy-père-mère-frère-soeur-grand-père-grand-mère", vous qui me lisez et me comprenez aussi, tout ce petit monde autour de moi et dont vous faites partie qui me donne de l'amour, de l'écoute, de la tendresse, du temps, de la patience.
Voilà, alors comment je me sens, je me sens tout ça à la fois, je vais tant bien que mal, plus bien que mal quand même.
La tristesse, je crois qu'elle fait partie de ma nature, elle fait mon charme aussi, il me faut l'apprivoiser pour pouvoir vivre avec sans qu'elle soit douloureuse, je parviens à la transcender parfois, par la création, j'y mets beaucoup de couleurs, étrangement.
Et puis, en vous lisant, je prends conscience que la vie est dure pour nous tous mais qu'elle est aussi merveilleuse parfois, souvent même, la douleur est vécue par nous tous de la même façon, pas besoin de vivre le pire pour ça, elle nous prend, nous retourne dans tous les sens, pour nous laisser épuisés, mais nous nous relevons toujours, nous vivons avec ces douleurs, nous pouvons même en faire une force.
Je suis sur les flots, sur la mer, avant, j'avais une vieille barque, pleine de trous, manquant de couler à la moindre vague. Et puis petit à petit, j'apprends à me construire un vrai bateau, plus sûr, bien douillet, pour me mettre à l'abri en cas de tempête. J'affronte les vagues maintenant, bientôt, je serai même capable de survivre en pleine tempête ! Enfin, je me la coulerai douce lors des accalmies.