Gaïa
MA Gaïa,
Ma grosse doudoune... comme j'aime à l'appeler,
C'est toute une histoire.
C'est mon compagnon, de galères et de petits bonheurs, c'est celle pour qui, pendant le temps le plus douloureux de ma thérapie, je me suis levée le matin, celle pour qui je rentrais le soir, celle pour qui j'avais encore un lointain goût de vie, celle devant qui je n'ai pas osé me pendre.
J'y ai pourtant pensé, j'avais tout prévu, tout imaginé, je pense que la vis du plafond, prévue pour un lustre, aurait très bien pu soutenir le poids de mon si maigre corps.
Tout était prévu.... sauf que...
Et oui, sauf que la Gaïa, pas question de la donner à quelqu'un (qui???), pas question non plus de la faire euthanasier en pleine force de l'âge, encore moins question de me pendre devant elle.
J'étais coincée, réduite à vivre ma souffrance et tous ces souvenirs qui se révélaient à moi, avec tous ces détails insupportables qui, s'ils ne se rappelaient pas en mots, se rappelaient en cauchemars.
Impossible de dormir, impossible de manger sans vomir, impossible de vivre.
Et puis Gaïa, ma princesse, elle est là, elle me fait toujours la même fête le matin, elle est certe un peu triste, triste de me voir et me sentir ainsi, triste aussi de vivre dans ce minuscule et glauque appartement dans lequel je me complaît.
Mais elle est là, toujours aussi douce, toujours aussi tendre, câline.
Elle sent bon.
Elle est belle.
Elle est douce.
Je me suis aperçue un jour qu'elle grattait le carelage la journée lorsque j'étais en formation, le vétérinaire m'a dit que c'était le stress, c'est comme si on se mangeait les ongles.
Alors, pour elle, pour nous : elle et moi, je me suis levée, j'ai décidé de prendre soin de moi (nous), j'ai trouvé un petit appart avec jardin (c'est quand même mieux de gratter la terre !), j'ai aussi arrêté de vomir (pour un temps), j'ai jeté la balance qui me torturait à me dire : tu as encore perdu du poids = vilaine / tu as pris du poids = horreur / tu n'as ni pris ni perdu = bonne à rien.... je pesais aux alentours de 39 kg
...
Enfin, tout ça pour vous dire que la Gaïa, c'est la prunelle de mes yeux, c'est mon doudou à moi.
Elle me rassure par sa tranquilité, son attitude de chien sauvage parfois, elle a peur de tout et de tout le monde, mais dès qu'elle adopte quelqu'un, c'est pour la vie.
Capable de reconnaître la personne des années après.
Je l'aie nommée Gaïa car, la personne avec laquelle je vivais à l'époque où je l'aie eue m'a dit : "
elle est trop belle, il faut lui donner un nom de princesse, de reine "... alors je lui ai donné un nom bien plus que ça, un nom de déesse..... pas anodin : la terre.
Gardienne de la terre, fertilité.
Elle est vieille ma Gaïa, elle a dix ans, elle commence à souffrir de l'arthrose, c'est qu'elle n'a que trois pattes, alors l'arthrose pour elle, c'est dur.
Je sais que je vais la perdre, d'ici un an ou deux peut-être, elle souffre aussi beaucoup de la chaleur, je la sors le plus possible, pour qu'elle s'amuse, elle mange le corail quand je l'emmène à la plage, elle aime nager, elle aime plonger sa gueule dans l'eau pour prendre un beau corail.
Mais la chaleur, ça la tue.
Je n'ai pas de regrets, je suis prête, prête à l'idée de la perdre, je ferai avec, je serai triste bien sûr, mais elle sera toujours là, dans mon coeur
Gaïa, c'est la première, la seule et unique qui reste et que j'ai gardée à mes côtés pendant dix ans, c'est la première fois que ça m'arrive, cette fidélité.
Même parmi mes amis je ne suis pas capable de donner et recevoir autant.
Gaïa, c'est aussi toute une histoire personnelle : se faire écraser, que dis-je : écrabouiller les deux pattes arrière par une voiture, perdre tout son sang, avoir les os brisés, plus de peau sur la moitié des deux pattes, se faire amputer d'une patte et avoir l'autre en charpie..... faire quand même la fête à sa maîtresse au moment de partir de chez le vétérinaire, tolérer les soins, tous les jours pendant trois mois, réapprendre à nager, sauter, vivre.
Voyez comme elle me redonne le sourire :
Elle mérite bien plus que cette simple et modeste note, mais je ne sais lui donner plus que ce qu'elle attend de moi car elle n'attend de moi que ce que je suis capable de lui donner sur le moment, et rien de plus, c'est pour ça que l'estime tant.
Et puis il y a son chat : Lili
Oui, oui, je dis bien SON chat, car c'est son chat à elle, elles se font la fête, se mangent et se lèchent le museau, Gaïa lui prête volontiers sa queue ou sa patte pour les mordiller...
Une belle histoire d'amitié
Voilà, ça ne répond peut-être pas à vos questions, mais dès que je parle de Gaïa, c'est ça qui vient !
merci de me lire et de me répondre, vous êtes bien présents à moi.